POULET CHANTECLER

Origine Québec, Canada
Distribution Canada (principalement au Québec et en Ontario), États-Unis
Statut  Rare

HISTORIQUE

Le poulet Chantecler est issu d’une race mixte, dérivée des races suivantes : Cornish foncée, Leghorn blanche, Rhode-Island rouge, Wyandotte blanche, Wyandotte de Colombie et Plymouth Rock blanche.

En 1908, le frère Wilfrid était responsable de la cour des volailles à Oka et lorsque son père lui rendit visite, ils réalisèrent tous les deux que toutes les races de volaille à Oka provenaient soit de l’Europe ou des États-Unis. Le frère Wilfrid décida qu’il devait remédier à cette situation et il consacra de nombreuses heures à planifier la façon dont il pourrait développer une race de volaille qui serait unique au Canada.

Il décida que ce devrait être une race à deux fins, blanche, capable de bien pondre pendant l’hiver et, par dessus tout, dotée d’une crête et de caroncules qui devraient relativement bien résister au gel. Il étudia toutes les races de volaille disponibles à Oka et il décida que la première race à être utilisée devrait être la Cornish, à cause de ses petites crêtes et caroncules. Pour améliorer la production des œufs, il accoupla un mâle Cornish avec une femelle Leghorn blanche. La progéniture issue de ce croisement était de couleur grise mais ne donnait pas une viande de qualité. Le deuxième croisement au cours de la première année fut effectué avec un mâle Rhode Island rouge et une femelle Wyandotte blanche, ce qui résulta en une progéniture blanche avec des taches noires. Toutefois, il y eut un beau sujet mâle qui naquit avec la vraie couleur Wyandotte de Colombie.

Croyant que la femelle transmettait la couleur des plumes et le mâle la conformation, le frère Wilfrid décida d’accoupler ce mâle avec les femelles issues du premier croisement qui présentaient les plus belles couleurs. La progéniture qui a résulté de ces accouplements était d’un blanc légèrement teinté et la majorité avaient les caractéristiques de la race Cornish. Malheureusement, leur production d’œufs était faible et la couleur n’était pas standardisée.

Le frère Wilfrid réalisa qu’il devait faire des changements majeurs et il a décida d’utiliser un gros mâle Plymouth Rock blanc avec les meilleures poulettes. En 1913, un abattage intensif ayant amélioré la progéniture, il divisa ces oiseaux en deux groupes. Dans un des deux, il fit de l’élevage en consanguinité et, dans l’autre, il utilisa un bon mâle de race Wyandotte blanche.

En 1916, il crut qu’il était sur le point de produire la race qu’il désirait, sauf en matière de poids corporel. Vers le printemps de 1916, il obtint une grosse poulette qui pesait 3,5 kg (soit 1 kg de plus que les standards actuels pour la race). Malgré sa grosseur, la poulette produisit 90 œufs en 120 jours.

À ce stade, il décida de prendre le risque d’accoupler cette poulette avec un gros mâle Plymouth Rock blanc pesant 4,55 kg. En 1918, les meilleurs mâles issus de l’accouplement entre le lourd mâle et la lourde femelle furent accouplés avec les meilleures poules faisant partie des groupes divisés en 1913.

Il était évident que l’utilisation des lignées d’animaux lourds résulterait en une progéniture avec une crête simple, puisque les gènes de la race Plymouth Rock blanche seraient représentés. La crête Chantecler devant être de couleur noyer, un abattage massif fut effectué et les oiseaux dotés d’une crête simple furent éliminés. À cause de la faible capacité compétitive de la semence des mâles avec une crête de couleur noyer, un ou deux sujets avec une crête simple résultèrent de certains accouplements et durent être éliminés. À ce stade, le frère Wilfrid décida que la Chantecler pouvait être reconnue en tant que nouvelle race au Canada (Toupin, 1922)

Une association, mise sur pied en 1918, adopta des règlements stricts visant à contrôler la consanguinité et la propriété. Un membre ne pouvait vendre, louer, prêter, donner ou échanger aucun oiseau vivant de la nouvelle race, ni vendre des oeufs en coquille à quiconque n’était pas membre de l’association. Il était aussi exigé que l’association ait une liste complète des oiseaux propriété des membres. Cela ne serait pas une mauvaise idée aujourd’hui, considérant la rareté des races de volaille.

La Chantecler blanche fit l’objet d’une grande publicité à la première conférence canadienne nationale sur la volaille en 1919 et fut officiellement reconnue en tant que race en 1921.

G.Toupin (1922) rédigea la description du développement de la race alors qu’il était encore étudiant à l’Institut agricole d’Oka. Il était professeur lorsque la race a été éventuellement présentée au monde entier.

En 1941, le frère Wilfrid écrivit une lettre expliquant comment il avait choisi le nom Chantecler. Le nom était celui d’un héros d’une fable du poète français Edmond Rostand qui avait été populaire à Paris vers les années 1910, et qui décrivait l’amour entre un coq Chantecler et une poule faisan dorée. Il croyait que le nom, dérivé de deux mots français, « chanter » et « clair » était idéal pour cette nouvelle race.

Récents développements dans la race

Des discussions acrimonieuses sur la question de savoir si la race Chantecler originale avait oui ou non disparu eurent cours vers les années 90. Une faction affirmait que la race avait disparu et que les poulets Chantecler étaient une version reconstituée utilisant la formule du frère Wilfrid. L’autre groupe (des éleveurs québécois) insistait sur le fait que leurs poulets étaient des descendants des oiseaux qui étaient à l’origine à Oka. Peu importe qui avait raison, la race faisait l’objet d’un regain d’intérêt et la plupart des jeunes poulets étaient vendus bien avant la saison d’incubation. En décembre 1999, le gouvernement du Québec désigna officiellement le poulet Chantecler comme un animal faisant partie du patrimoine de la province de Québec.

L’intérêt actuel accru pour la race a eu pour résultat qu’un éleveur a mis sur pied quatre familles de poulets Chantecler et qu’avec beaucoup de soin, il est en train de ramener cette race aux standards originaux élaborés par le frère Wilfrid. Cet éleveur n’a pas la tâche facile et, suivant les traces du frère Wilfrid, il doit effectuer des abattages intensifs sur une base permanente.

Avenir de la race

L’avenir de la race sera orienté vers les petites fermes d’agrément ou les fermes familiales. La race sera peut-être en mesure de contribuer à l’amélioration de la génétique des souches commerciales actuelles, mais la réponse à cette question ne peut être connue tant qu’une analyse génétique n’aura pas été effectuée. La race Chantecler devrait recevoir un appui pour sa valeur historique et patrimoniale et tous les efforts devraient être faits pour que sa contribution sur la scène canadienne de l’élevage aviaire soit reconnue. Une analyse de l’ADN de cette race serait utile pour aider à déterminer si la race possède des gènes qui pourraient contribuer à étendre nos connaissances sur la génétique aviaire.

CARACTÉRISTIQUES

Apparence

Le corps est long et profond et devrait décliner vers la queue. La petite crête de couleur noyer est attachée vers le devant de la tête et repose sur la tête parmi les plumes. Les caroncules sont très petites et regroupées près du cou. La tête est large (caractéristique de la race Cornish). Le bec est courbé et a une forte apparence parce qu’il est court comme celui des poulets de type Cornish. La poitrine est large et profonde.

Le frère Wilfrid voulait un animal capable de produire des œufs en hiver, avec une petite crête et des petites caroncules pour minimiser les engelures. La crête est classée comme une crête en coussin et elle est fixée sur la courbe de la tête. Le dos doit être large et long et se terminer par la queue qui devrait être à 30 degrés à l’horizontale. La poitrine devrait être profonde et charnue. La peau est jaune, et les pattes sont écartées et d’ossature solide.

Couleur

Blanc pur avec une peau jaune. La seule autre couleur que le blanc est la couleur « perdrix » qui a été développée de façon indépendante en Alberta et acceptée comme race en 1935.

Grosseur

Les standards exigent que les mâles pèsent entre 3,4 et 3,9 kg, selon leur âge, et que les femelles pèsent entre 2,5 et 3 kg, selon leur âge. (standards américains de perfection, 1985).

Caractères de reproduction

Une poule de bonne souche pondra jusqu’à 210 œufs par année et les œufs devraient peser entre 58 et 60 grammes. L’œuf est de couleur brun pâle.

Rusticité

Une petite crête et des petites caroncules minimisent le risque d’engelure pendant l’hiver.

Utilisation

La race est à double usage, ce qui signifie que les sujets produisent un nombre raisonnable d’œufs et que leur carcasse a de la valeur à la fin de leur vie productive.

POPULATION

La population mondiale est estimée à 1750 à 2250 sujets. La plupart des poulets à l’extérieur du Canada sont aux États-Unis.

La population canadienne actuelle est de 1000 à 1500 sujets (estimation d’André Auclair, avril 2003). La plus grande partie de cette population est basée dans des petites fermes.

ASSOCIATION DE RACE

Association pour la promotion et l’élevage de la volaille Chantecler

Secrétaire :   André Auclair

                      2400, rang Saint Louis,

                      Saint-Paulin (Québec) JOK 3GO.

                      Téléphone : 819-268-2037

Références

Lettre du frère Wilfrid, janvier 1941, dans « The Canadian Poultry Review », page 30

Gryner, Linda, 1996, The Chantecler and other Rare Poultry, Gold in the Hand Books

Toupin, G., 1922, Monographe du Chantecler.

H. Leblanc, E.E.A., conseiller technique pour l’Association des éleveurs Chantecler

Frère Wilfrid, 1922, Manuel des éleveurs de Chantecler.

Données recueillies par Dan Price-Jones et Ted Lawrence, Rare Breeds Canada